• Olivier PEYR

“J’ai arrêté le tabac grâce à l’hypnose ” info ou intox ?

Mis à jour : janv. 26



Que savons-nous vraiment sur le sevrage tabagique par l’hypnose ? Est-ce réellement efficace ou sommes-nous influencés par une sorte de frénésie sociale ou un effet de mode ? Existe-t-il des preuves qui démontrent l’intérêt de l’hypnose dans l’arrêt du tabac ? Ces questions sont abordées ici.



Les chiffres du tabac en 2019


On estime que chaque année, environ 73000 personnes décèdent à cause du tabac. C’est 13% des décès enregistrés en France. Il s’agit de la première cause de décès évitable (1). Presque 30% des français fument quotidiennement. C’est beaucoup plus bien qu’en Angleterre ou au Canada ou le pourcentage de fumeurs quotidien ne dépassent pas 20%. Par ailleurs, les hommes sont plus nombreux que les femmes à fumer (33% contre 25%).



Ce drôle de diable conspire dans notre dos


Le tabac est une drogue (2) qui peut s’immiscer très tôt dans la vie d’une personne. Certains facteurs augmentent le risque de consommer puis de dériver insidieusement vers la dépendance. Par exemple le sexe, l’âge, le niveau d’éducation, la classe socio-économique, l’absence d’activité, le stress précoce ou chronique, des effets positifs ressentis au cours des premières prises mais également la précocité de la consommation. A contrario, d’autres facteurs sont protecteurs, c’est le cas pour les personnes mieux informées sur le tabac ou pour celles qui sont bien entourées par leurs proches et leurs familles. (3)

Le tabac peut rapidement provoquer une dépendance (ou addiction). On considère qu’une personne souffre d’une addiction quand elle présente ou a présenté au cours des 12 derniers mois, au moins deux des onze critères suivants : (4)

  1. Besoin impérieux et irrépressible de consommer la substance (ou craving)

  2. Perte de contrôle sur la quantité et le temps dédié à la prise de substance

  3. Beaucoup de temps consacré à la recherche de substances

  4. Augmentation de la tolérance au produit addictif

  5. Présence d’un syndrome de sevrage, c’est-à-dire de l’ensemble des symptômes provoqués par l’arrêt brutal de la consommation

  6. Incapacité de remplir des obligations importantes

  7. Usage même lorsqu'il y a un risque physique

  8. Problèmes personnels ou sociaux

  9. Désir ou efforts persistants pour diminuer les doses

  10. Activités réduites au profit de la consommation

  11. Poursuite de la consommation malgré les dégâts physiques ou psychologiques

L’addiction est qualifiée de faible si 2 à 3 critères sont satisfaits, modérée pour 4 à 5 critères et sévère pour 6 critères et plus.


La dépendance s’articule autour de trois axes principaux : (5)


  • La dépendance environnementale ou comportementale lorsque le tabac peut s’associer à des circonstances, à des personnes et à des lieux qui suscitent l'envie de fumer.


  • La dépendance psychologique lorsque le tabac devient un moyen de se faire plaisir, de gérer son stress, de surmonter ses émotions, de se stimuler ou de se concentrer.


  • La dépendance physique due essentiellement à la présence de nicotine dans le tabac




Autour de ce fléau, la lutte s’organise


L’organisation mondial de la santé (OMS) recommande de surveiller l’évolution du tabac par des enquêtes, de créer des espaces non-fumeurs, de mettre en garde la population contre la nocivité du tabac, de bannir la publicité en faveur du tabac, d’augmenter les taxes, et de lutter contre le marché noir (6). Certaines de ces stratégies ont été mises en place puis accentuées au cours des vingt dernières années. Cependant, mêmes si les ventes ont diminué, elles restent élevées et les résultats sont insuffisants (7). Force est de constater pour l’heure que les autorités de santé ne parviennent pas à endiguer le phénomène.

Crée en 1998, Info Tabac Service, un service d’aide gratuit et indépendant de l’industrie, est de plus en plus actif sur la toile ou dans la presse. Il met à disposition des personnes souhaitant arrêter ou réduire leur consommation : des outils, des techniques et des conseils sur le sevrage tabagique. Il évalue également l’intérêt de plusieurs méthodes pour aider la personne à arrêter en citant les substituts nicotiniques et la thérapie cognitivo-comportementale (ou TCC) comme des méthodes efficaces et l’hypnose comme « une technique n’ayant fait ni la preuve de son efficacité ni de son inefficacité ». (8)



La méconnaissance au service de l’incompétence


D’autres institutions sont réservées vis-à-vis de l’intérêt de l’hypnose dans le sevrage du tabac, c’est le cas de la haute autorité de santé (HAS) qui n’incite pas mais ne décourage pas non plus les fumeurs à l’utiliser. Les recommandations de 2014 mentionnent que « les méthodes alternatives* telles que l’acupuncture, l’hypnothérapie ou, pour certains, l’activité physique ne doivent pas être découragées si le fumeur les considère comme utiles dans sa démarche » (9). Le rapport INSERM sur l’évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose contre le tabac conclut quant à lui à un manque de preuve au regard de 11 études publiées dans les revues scientifiques entre 1970 et 2010, cf. rapport p185 à p189. (10)

D’autres sont beaucoup plus optimistes. Le site d’une école de formation en hypnose assure par exemple obtenir des taux de sevrage de 35 à 40% à 6 mois tandis qu’un cabinet d’hypnothérapie situé à Paris annonce 95% à 12 mois sur 60 patients traités. On peut aussi trouver aux quatre coins du web, des articles de presse qui attestent avec enthousiasme de l’efficacité de l’hypnothérapie, y compris dans des journaux, magazines ou revues célèbres.

Au total, il est possible qu’en l’absence d’avis tranché sur la question, certains profitent de la situation pour embellir leurs résultats. On trouve d’ailleurs sur le net des tarifs prohibitifs composés de « pack hypnose » pour arrêter de fumer. Il est utile de rappeler ici que si l’efficacité de l’hypnose n’a pas encore été prouvée, la méthode pour l’évaluer ne peut pas l’être non plus. Je vous laisse donc seul juge de ces méthodes commerciales.



Le bateau dérive mais peut être que la mer finira par s’y adapter


Si vous possédez déjà des bases solides de méthodologie dans le domaine de la recherche clinique, passez directement au paragraphe suivant. Sinon lisez attentivement ces courtes explications :

  1. La recherche clinique (ou recherche biomédicale) consiste à organisée et pratiquée la recherche sur l’être humain en vue du développement des connaissances biologiques et médicales. (11)

  2. La recherche clinique se fonde sur un modèle (on dit parfois "paradigme") appelé « médecine fondée sur les preuves ». Le plus haut niveau de preuve correspond aux études comparatives randomisées de forte puissance ou aux méta-analyses d’études comparatives randomisées. (12)

  3. Une étude est comparative si le groupe dans lequel on évalue le traitement ou l’intervention est comparé à un groupe témoin ou un groupe contrôle.

  4. Une étude est randomisée lorsque le choix du groupe est fait par tirage au sort, il est alors lié au hasard.

  5. Une étude est en double insu lorsque ni la personne qui participe, ni le chercheur, ne connaissent le groupe de traitement.

  6. Une forte puissance limite la probabilité que le traitement ou l’intervention à l’étude semble inefficace (un résultat statistiquement non significatif) alors que c’est réellement efficace (faux négatif). Plus la puissance est élevée, plus l’effectif devra être important pour prouver l’effet du traitement ou de l’intervention.

  7. Toutes les contraintes méthodologiques ci-dessus sont mises en œuvre pour un seul et même objectif : limiter les biais. (13)

La thérapie par l’hypnose est empirique (attention l’hypnose elle-même ne l’est pas, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit). Le thérapeute va effectivement être guidé par ses sens, sa propre expérience pour décider de la direction à prendre, ainsi qu’il sera guidé à la fois par la direction que le patient prendra. En clair, l’hypnose n’est pas vraiment une technique ou une méthode car elle ne répond pas à un processus ou un protocole. Cela signifie que vous ne devriez jamais avoir la même séance : le thérapeute s’adaptant au cours du temps aux réponse de l’inconscient du patient et à son intuition. Transposé à la recherche clinique, c’est un très gros problème méthodologique. En effet, si vous cherchez à "protocoliser" une ou plusieurs séances d’hypnose, l’hypnothérapeute ne pourra pas faire du bon travail, les résultats pourraient être sous-estimés, mais si vous le laissez pratiquer comme bon lui semble, un biais important pourrait induire le doute sur les résultats.

Un autre problème préoccupe l’esprit de celles et ceux qui élaborent les protocoles d’étude clinique car le double insu est impossible dans l’évaluation de l’hypnose. Les participants connaissent nécessairement le groupe auquel ils appartiennent ce qui induit inévitablement un biais d’évaluation et de suivi. Une méthode simple qui limite ce risque consiste à faire appel à un investigateur indépendant (qui ne connait pas le groupe de traitement) au moment de l’évaluation final. Nous verrons que curieusement, aucune étude n’en parle.

Enfin, un autre problème survient fréquemment dans les études cliniques évaluant l’hypnose. Il s’agit du choix du critère principal d’évaluation. Si vous choisissez par exemple d’évaluer le sevrage du tabac, vous pouvez choisir de téléphoner aux participants pour savoir s’ils fument encore à 6 mois de la fin de la thérapie ou vous pouvez les faire venir en consultation pour détecter le taux de cotinine dans la salive (il s'agit d'un métabolite de la nicotine). Le premier critère est déclaratif et subjectif, ils sont systématiquement remis en question par les experts et les leaders d’opinion en charge de l’évaluation de l’hypnose. Au contraire, le second est précis et irréfutable.




Revue de la littérature récente sur l’évaluation de l’hypnose dans le sevrage tabagique


Entre 2010 et aujourd’hui, de nombreuses publications ont été rédigées dans le domaine scientifique. Après avoir éliminé toutes celles dont le niveau de preuve est moyen ou faible, il n’en restait plus que 3. Attention, la liste n’est pas exhaustive.


La plus ancienne a été publiée en 2012 (14). Il s’agit d’une méta-analyse qui combine et analyse les résultats des études randomisées et contrôlées plus anciennes évaluant certaines méthodes alternatives* aidant à l’arrêt du tabac (dont l’hypnose). Après l’analyse de 4 études incluant au total 273 participants, les auteurs établissent que l’hypnothérapie peut aider les fumeurs à arrêter mais que d’autres preuves sont toutefois nécessaires. Les résultats sont encourageants mais assez disparates (des résultats sortent négatifs, d’autres très positifs).


Une seconde publication de 2013 rédigée par une équipe Suisse permet de quantifier une première fois la puissance de l’hypnothérapie (15). L’étude compare l’hypnothérapie à la relaxation dans une population de 223 fumeurs. Les participants sont majeurs, fument au minimum 5 cigarettes par jour, n’utilisent aucune autre méthode pour arrêter de fumer, ne sont pas dépendant à d’autres substances, et n’ont pas de troubles psychotiques. Les chercheurs demandent par ailleurs un engagement financier de 40 Francs Suisse pour l’inclusion dans le projet de recherche. L’intervention est réalisée par un hypnothérapeute / relaxologue sous forme de petits groupes d’environ 10 personnes. 40 minutes sont dédiées à des discussions autour des bénéfices d’un sevrage, puis 40 minutes sont dédiées à la séance d’hypnose ou de relaxation à proprement parlé, pour terminer par un debriefing de 20 minutes. Aucune autre intervention n’est réalisée pendant la durée de l’étude. Le critère principal de l’étude est le nombre de personnes abstinentes depuis au moins 30 jours lors de la visite à 6 mois. Les personnes déclarant être abstinentes subissent un test salivaire à la recherche de cotinine. Les résultats montrent un taux d’abstinence d’environ 15% dans le groupe hypnose contre 18% dans le groupe relaxation. Même si l’étude semble parfaitement bien exécutée, elle est critiquable. D’une part, les références de l’hypnothérapeute ne sont pas notées. On ne se sait pas exactement qui il est ce qui est assez troublant. D’autre part, la session est organisée en groupe avec un script très précis basée sur des outils hypnotiques propres au centre qui réalise l’étude (l’article nous apprend même que le chef de projet vient parfois à l’improviste vérifier que le thérapeute exécute bel et bien ce script plutôt qu’une improvisation personnelle). Comme indiqué plus haut, l’utilisation d’un script est probablement délétère. On note également qu’un groupe n’est par définition pas personnalisable. Le thérapeute ne peut pas raisonnablement s’adapter aux demandes de chaque participant. Enfin, le biais de recrutement lié à un « effet centre » n’a pas été évité.


La troisième publication date de 2014, elle compare l’efficacité des substituts nicotiniques contre l’hypnothérapie (16). Une équipe américaine propose à 164 patients hospitalisés pour une maladie cardiaque ou pulmonaire d’arrêter le tabac. Ils sont ensuite tirés au sort dans l’un des trois groupes suivants : hypnothérapie (H) ; substituts nicotiniques (SN) ; ou hypnothérapie + substituts nicotiniques (HSN). Un groupe témoin est créé à partir de ceux qui ne souhaitent aucune des trois interventions proposées. Le critère principal de l’étude est le nombre de personnes abstinentes depuis au moins 7 jours lors de la visite à 26 semaines. Comme précédemment, les personnes déclarant être abstinentes subissent un test salivaire. Les résultats montrent un taux d’abstinence de 28% dans le groupe H et dans le groupe HSN, contre un taux de 18% dans le groupe SN seul. Il s’agit de la première étude à conclure à une efficacité supérieure de l’hypnose par rapport aux substituts nicotiniques.


* L’hypnose n’est pas une méthode alternative mais plutôt une méthode complémentaire. La différence est considérable puisque dans un cas il s’agit d’un choix qui vous détourne des autres possibilités, dans l’autre cas, la méthode enrichie la prise en charge.



Il n’y a pas de preuve suffisamment solide pour attester de l’efficacité de l’hypnose dans le sevrage du tabac à ce jour. Comme les autorités de santé, on pourrait penser qu’il s’agit d’une simple pénurie de travaux sur le sujet, ou du moins d’un manque de travaux de « haut niveau de preuve ». Seulement voilà, les critiques ne concernent absolument pas la carence scientifique de projets de recherche de qualité même s’il est vrai que des études « solides » seraient utiles dans les prochaines années, elles concernent plutôt le fond. Peut-être sera-t-il intéressant dans l’avenir de repenser la recherche clinique telle qu’elle existe actuellement pour lui permettre de mieux évaluer l’hypnose, en tenant compte de ses particularités. Le paradigme de la médecine fondée sur les preuves, créer initialement pour l’évaluation des médicaments, semble impuissant à répondre aux nombreuses questions que les gens se posent sur l’hypnose.



1. Fenton - PUBLIC HEALTH PERSPECTIVE.pdf [Internet]. [cité 6 févr 2019]. Disponible sur:

http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2016/30-31/pdf/2016_30-31.pdf

2. Drogue. In: Wikipédia [Internet]. 2019 [cité 6 févr 2019]. Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Drogue&oldid=156518339

3. Facteurs de risque, facteurs de protection [Internet]. [cité 6 févr 2019]. Disponible sur: https://www.drogues.gouv.fr/comprendre/l-essentiel-sur-les-addictions/facteurs-de-risques-facteurs-de-protection

4. Addictions, du plaisir à l’addiction INSERM [Internet]. Inserm - La science pour la santé. [cité 6 févr 2019]. Disponible sur: https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/addictions

5. La dépendance au tabac.pdf [Internet]. [cité 6 févr 2019]. Disponible sur: http://inpes.santepubliquefrance.fr/CFESBases/catalogue/pdf/621.pdf

6. Tabagisme : Principaux repères (OMS) [Internet]. [cité 6 févr 2019]. Disponible sur: https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/tobacco

7. Tabac : évolution des ventes - OFDT [Internet]. [cité 6 févr 2019]. Disponible sur: https://www.ofdt.fr/statistiques-et-infographie/series-statistiques/tabac-evolution-des-ventes/

8. Autres techniques / Comment arrêter ? / Le tabac et moi / Accueil - tabac-info-service.fr [Internet]. [cité 6 févr 2019]. Disponible sur: https://www.tabac-info-service.fr/Le-tabac-et-moi/Comment-arreter/Autres-techniques

9. question_reponse_sevrage_tabagique.pdf [Internet]. [cité 6 févr 2019]. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2014-01/question_reponse_sevrage_tabagique.pdf

10. Gueguen J, Barry C, Hassler C, Falissard B. Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. :213.

11. DGS_Anne.M. La recherche biomédicale [Internet]. Ministère des Solidarités et de la Santé. 2015 [cité 7 févr 2019]. Disponible sur: https://solidarites-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/recherche-et-innovation/article/la-recherche-biomedicale

12. Médecine fondée sur les faits. In: Wikipédia [Internet]. 2019 [cité 7 févr 2019]. Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=M%C3%A9decine_fond%C3%A9e_sur_les_faits&oldid=155468513

13. Cucherat - La lecture critique des essais thérapeutiques.pdf [Internet]. [cité 7 févr 2019]. Disponible sur: http://www.chups.jussieu.fr/polys/certifopt/saule_coxib/theme/6lecturecritiquetap.pdf

14. Tahiri M, Mottillo S, Joseph L, Pilote L, Eisenberg MJ. Alternative Smoking Cessation Aids: A Meta-analysis of Randomized Controlled Trials. Am J Med [Internet]. 1 juin 2012 [cité 6 févr 2019];125(6):576‑84. Disponible sur: http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0002934312000034

15. Dickson-Spillmann M, Haug S, Schaub MP. Group hypnosis vs. relaxation for smoking cessation in adults: a cluster-randomised controlled trial. BMC Public Health [Internet]. 23 déc 2013 [cité 9 août 2018];13(1):1227. Disponible sur: https://doi.org/10.1186/1471-2458-13-1227

16. Elkins G, Marcus J, Bates J, Hasan Rajab M, Cook T. Intensive hypnotherapy for smoking cessation: a prospective study. Int J Clin Exp Hypn. juill 2006;54(3):303‑15.

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